Malgré quelques signaux favorables envoyés par le président Évariste Ndayishimiye, l’environnement reste encore très hostile pour l’exercice du journalisme au Burundi, où deux femmes journalistes ont été condamnées à des peines de prison ferme pour “atteinte à l’intégrité du territoire national”.
Paysage médiatique
Autrefois considéré comme l’un des plus dynamiques de la région des Grands Lacs, le paysage médiatique burundais s’est considérablement appauvri depuis la tentative manquée de coup d’État de 2015 et la crise qui s’ensuivit. Plusieurs radios ont été détruites ou contraintes à l’exil, notamment au Rwanda. Radio-Télé Isanganiro, Bonesha FM et le groupe de presse Iwacu – censuré de 2017 à 2022 dans le pays – font partie des médias les plus suivis et les plus indépendants. La radio Rema FM et la radiotélévision nationale RTNB bénéficient d’une audience importante, mais sont totalement alignées sur la défense et la promotion du régime.
Contexte politique
Après la mort du président Pierre Nkurunziza en 2020, le général Ndayishimiye qui lui a succédé avait promis une normalisation des relations avec les médias burundais, mais cette promesse tarde à se concrétiser. Le CNDD-FDD, au pouvoir depuis 2005, fait figure de parti-État ne tolérant aucune voix discordante. La presse est surveillée de près, au point que dans certaines provinces, les journalistes doivent disposer d’une autorisation ou être accompagnés d’un membre d’un média d’État pour pouvoir traiter certains sujets. Le régulateur des médias, le Conseil national de la communication (CNC), est complètement inféodé au régime. Ses membres sont désignés par le président.
Cadre légal
La liberté d’expression est garantie par la Constitution et la loi sur la presse. Une nouvelle loi sur la presse révisant certaines dispositions de la loi de 2018 et améliorant les conditions d’exercice du journalisme, en dépénalisant partiellement les délits de presse, a été promulguée en juillet 2024. Cette loi supprime les peines privatives de liberté pour des délits tels que l’injure ou l’imputation dommageable. À l’approche des échéances électorales de 2025, le CNC a également adopté un code de conduite des médias en période électorale imposant des restrictions strictes, notamment l’interdiction de publier des résultats partiels sans l’approbation de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), suscitant de vives critiques.
Contexte économique
Le Burundi est un des pays les plus pauvres au monde. Le marché publicitaire y est très limité. La situation financière des journalistes burundais est très précaire, avec un salaire moyen inférieur à 600 000 francs burundais (environ 170 euros). Dans ce contexte, il est très difficile pour un média de survivre sans le soutien du régime, d’institutions ou d’ONG étrangères.
Contexte socioculturel
Le régime a instauré une véritable culture de la peur tant dans la société, que dans les rédactions, largement gagnées par l’autocensure. En reportage, les journalistes font souvent face à un “comité d'accueil” : des personnes sélectionnées par les autorités qui ne sont pas libres de dire ce qu’elles pensent. Le régime considère les professionnels des médias comme des “patriotes à former”. La crise du carburant, qui touche depuis plusieurs années le pays, est un sujet tabou : plusieurs journalistes ont été menacés ou ont vu leurs reportages sur le sujet être interdits avant leur diffusion par le CNC.
Sécurité
Les journalistes burundais vivent dans la crainte d’être menacés, agressés ou arrêtés. Les attaques de journalistes, notamment d’Iwacu, ne sont pas rares : siège du journal visé par des jets de pierre, tentatives d’enlèvement, passages à tabac, menaces, etc. La répression peut venir des autorités ou des militants du parti au pouvoir. L’accusation d’“atteinte à l’intégrité du territoire national” est notamment utilisée contre les professionnels des médias. Ceux qui commettent des exactions contre les journalistes bénéficient d’une totale impunité. Alors que le journaliste d’Iwacu Jean Bigirimana a disparu en 2016, et malgré le changement de régime en 2020, les autorités ne montrent toujours aucune volonté politique réelle pour faire toute la lumière sur cette affaire, qui pourrait impliquer le pouvoir de l’époque.