Après 40 ans de règne du clan Dos Santos, l'arrivée au pouvoir du président Joao Lourenço, en septembre 2017, n’a pas été un tournant pour la liberté de la presse. La censure et le contrôle de l’information pèsent encore sur les journalistes angolais.
Paysage médiatique
Le paysage médiatique angolais est marqué par la prédominance des médias d’État. Sur 23 radios officiellement enregistrées, seules deux – Radio Ecclesia, liée à l'Église catholique, et Radio MFM – sont considérées comme indépendantes. Des radios se voient refuser l’attribution de licences parce qu'elles ne sont pas proches du régime. Il existe deux chaînes de télévision publiques et quelques chaînes privées. En 2020, le groupe Media Nova, composé de Radio Mais, de la chaîne TV Zimbo et du journal O Pais, est passé sous le contrôle du gouvernement. Sur les nombreux journaux privés qui ont émergé avec l'avènement du multipartisme en 1992, seuls quatre existent toujours en version papier. Il n'existe pas de radios communautaires dans le pays.
Contexte politique
Après un semblant d’ouverture en 2017, le président Lourenço a limité ses échanges avec les médias, avec de rares conférences de presse sans relance possible. Il s'exprime principalement lors d'inaugurations et d'événements publics, auxquels seuls les journalistes des médias publics sont invités. L’accès aux informations publiques et aux sources gouvernementales est très compliqué, et la censure et l'autocensure restent très présentes. Le parti au pouvoir est surreprésenté dans les médias, notamment sur la Télévision publique d’Angola (TPA). De nombreuses demandes de licence sont en suspens au ministère des Télécommunications, accusé de faire obstacle aux initiatives de personnes ou de groupes extérieurs au gouvernement.
Cadre légal
Une série de lois adoptées en 2016 oblige les médias audiovisuels à transmettre les déclarations officielles du président. La dépénalisation des délits de presse, réclamée par les professionnels du secteur, se fait toujours attendre. Des signaux encourageants existent toutefois avec l'acquittement, en 2018, de deux journalistes d'investigation par la justice qui a reconnu qu'ils avaient exercé leur “obligation d’informer en toute objectivité”. En 2024, deux lois pouvant mettre en péril la liberté d'expression et de la presse sont entrées en vigueur : la loi sur la sécurité nationale et celle sur le vandalisme des biens et services publics. Cependant, plusieurs dispositions de cette dernière loi, dont celles qui interdisaient notamment la publication de vidéos ou d’informations sur les mesures de sécurité autour des biens publics, ont été jugées inconstitutionnelles par la justice en décembre 2025.
Contexte économique
Ces dernières années, de nombreux journaux ont fait faillite après avoir été rachetés par des personnes liées au parti au pouvoir, et d'autres n'ont pas survécu en raison de difficultés financières. Les coûts exorbitants des licences radio et télé constituent un frein au pluralisme.
Contexte socioculturel
La société angolaise est marquée par l’influence du christianisme. Les sujets touchant à la religion, l'Église ou la sexualité sont traités avec précaution, lorsqu’ils ne sont pas passés sous silence. La place des femmes dans les rédactions est limitée. Enfin, les membres des groupes ethniques minoritaires sont peu nombreux dans les rédactions et mal représentés dans les sujets qui les concernent.
Sécurité
Il est encore fréquent que les journalistes fassent l’objet de poursuites et de condamnations parfois très lourdes lorsqu’ils mènent des enquêtes qui touchent à la gouvernance et au système judiciaire. Les professionnels des médias, notamment issus de la presse privée et indépendante, sont également victimes de menaces et d’agressions. En 2022, au moins trois journalistes ont été victimes de cambriolages ou de vol de matériel. Les journalistes peuvent également être arrêtés arbitrairement, notamment lors de la couverture de manifestations.